FORUM DE COORDINATION NATIONALE ETUDIANTE

Le lieu de convergence des informations sur les luttes.
 
AccueilCalendrierFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexionforum de la coordination lycéenne

Partagez | 
 

 DE la démocratie en entreprise

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
céline
Admin
avatar

Féminin Nombre de messages : 407
Age : 33
Date d'inscription : 12/06/2007

MessageSujet: DE la démocratie en entreprise   Dim 13 Jan - 18:08

Voici un texte que j'ai trouvé sur le net et que j'ai envie de partager avec vous.

http://anthropia.blogg.org/




De la démocratie en entreprise | 01 juillet 2007







Depuis qu'on a inventé la communication d'entreprise, l'art des
chefs d'entreprise est de soigner leur look personnel et l'image
corporate de leur boîte. D'où un soin particulier à filtrer tout ce qui
sort.

Malheureusement, il existe ce qu'on appelle en communication le
"skin effect", c'est-à-dire "l'effet-peau" de l'entreprise, à savoir ce
qui diffuse par les pores du système. Et l'aspect poreux de
l'entreprise est assuré par ceux qui entrent et sortent librement
-enfin, librement ?- à savoir les salariés.

L'entreprise va donc émettre à l'insu de son plein gré, en suintant,
c'est-à-dire en laissant son personnel donner sans contrôle de sa part
des avis divergents le cas échéant de sa communication officielle. Ce
sont les confidences sur l'oreiller faites à son cher et tendre, les
remarques faites à la sortie de l'école avec les mères sur le trottoir,
et tout autre moment où on parle de son entreprise, sans même souvent y
penser.

C'est ainsi qu'un salarié se sachant menacé de licenciement
imminent, tel que Daniel Schneidermann, ne va pas manquer de faire
savoir sur son blog et dans les dîners en ville, que la chaîne ne lui
permet pas d'indiquer à ses fidèles téléspectateurs depuis douze ans,
s'il va ou non les revoir à la rentrée, et que cela semble, selon toute
règle de base de la communication corporate, l'indication qu'il est
licencié. Car quelle chaîne ne profiterait pas de la dernière de la
saison pour annoncer son retour à la saison suivante. Toute promotion
est bonne à prendre, celle-là tout autant que les annonces de
programmes. Donc cela ne pouvait signifier qu'une chose, Arrêt sur
Images était supprimé. Daniel Schneidermann ne s'y est pas laissé
prendre et a usé des moyens à sa disposition pour protester.


C'est confirmé depuis aujourd'hui, il a bien été licencié pour faute
grave. Explicitation des motifs : il a commenté son licenciement
annoncé. Paradoxe superbe de la communication d'entreprise, on vous
maltraite, mais surtout chut, il ne faut rien dire, vous ne devez
manifester aucun mécontentement. Aux USA, on avait le licenciement à la
minute, on vient vous dire que vous l'êtes, on vous aide à empaqueter
vos affaires et vous partez discrètement sans avoir eu le temps de le
dire à vos collègues. Il ne faut pas démoraliser l'équipe. Nous avons
en France des méthodes tout aussi viles, rien à envier donc au système
anglo-saxon.

Mais cet exemple est la métaphore d'une situation de fond dans les
entreprises et d'un réel enjeu politique et stratégique : la démocratie
en entreprise. Je constate sur le terrain que les entreprises qui s'en
sortent le mieux sont celles qui pratiquent une parole libre, des
négociations gagnant-gagnant, un système souple de management. Les
salariés satisfaits le font savoir à l'extérieur, le disent dans les
dîners en ville, on les envie de faire partie d'une telle entreprise,
bref, l'image dégagée est sur le fond bien mieux valorisée que par
toutes les communications médiatiques et coûteuses.

Rappelons-nous la grande campagne publicitaire, "SNCF, c'est
possible", immédiatement suivie d'une des plus grandes grèves
ferroviaires de l'histoire. Qui allions-nous croire ? Le slogan qui
passait quasiment en boucle sur nos téléviseurs ou la preuve par neuf
de nos yeux et de nos pieds qui ne trouvaient plus un seul train
valide.

De même, quand les mannequins grassement payées de LVMH nous
annoncent qu'elles adorent Dior, qui croit-on, les emblemes de la
communication d'entreprise en tournée opérationnelle à Versailles ou
les journalistes en grève des Echos qui voient d'un mauvais oeil LVMH
arriver dans le capital ?

Quand nous entendons un salarié se plaindre de son employeur nul de
ne pas l'informer de son avenir à deux mois, alors qu'il le sert
fidèlement depuis 12 ans, que pensons-nous ? Que cet employeur est un
humaniste ? Ou que c'est un bel enfoiré ? Il peut ensuite nous sortir
un couplet sur la transparence, sur un management moderne, bref tout ce
qu'il pourra nous asséner comme communication ne sera pas audible, car
on croit le proche plutôt que l'officiel.

On ne mesure pas assez les dégâts importants qu'un tel management
induit. Des maladies à répétition, le taux d'absentéisme pour maladie
augmente, cela a un coût.

Une autre conséquence, des "sabotages" conscients ou inconscients.

Je me souviens avoir dans ma jeunesse estudiantine travaillé dans
une usine, où on fabriquait des fonds de perceuse électrique. On
introduisait une fraise dans une machine qui taillait dans la pièce les
lignes de la forme souhaitée, quarante à cinquante pièce à l'heure de
mémoire. Si on mettait de travers une fraise, celle-ci au lieu de
tailler la pièce cassait une de ses dents. Elle devenait ainsi inutile
et il fallait en changer. Quand le contremaître était trop
pressurisant, qu'il augmentait la cadence de certaines machines,
obligeant à rester non-stop devant la machine pour remplir l'objectif
assigné, on repérait dans le stock du chef d'équipe le nombre de
fraises qui restaient et en quelques jours chacun s'était arrangé pour
avoir cassé une dent d'une des dernières fraises jusqu'à la dernière.
Résultat, il fallait trois mois pour commander de nouvelles fraises et
la machine restait inutilisée durant cette période. Ce que le
contremaître voulait obtenir, à savoir une cadence effrénée et une
production importante sur une machine, était amoindri illico presto par
la mise en arrêt de la machine. Jamais, le patron n'aurait pu imaginer
que le simple fait d'abuser de son autorité créait un sabotage à peine
déguisé.


On pourrait s'amuser à compter combien de sabotages plus ou moins
conscients sont commis chaque jour par dégoût du boulot, de l'ambiance,
du manque de libre-parole. Cela s'appelle manque de motivation, retenue
d'un argument décisif vis-à-vis d'un client pour lui vendre un bien,
laisser-aller, accumulation de retards dans le traitement des dossiers
en file active, grève de la créativité, non prise d'initiative quand on
pourrait le faire, bref le management de nul freine le développement,
accumule les retards, amoindrit la qualité. A quoi bon se donner du mal
pour un patron aussi peu généreux ?


Je pense que la France est malade de sa censure, de son
autoritarisme, de son manque de démocratie interne. N'importe quel
jeune qui s'exporte à Londres voit bien la différence. En à peine
quelques mois, on lui confie des responsabilités, on le nomme à un
poste-clef, on compte sur lui, on s'appuie sur lui. En France, les
patrons en freinant le dynamisme condamne leur boîte à la petite
taille. On dit qu'il manque en France d'entreprises de taille
moyenne, mais c'est généralement pour des raisons idiotes, ne pas
passer la barrière des 20, des 50, car on a peur des sections
syndicales, des comités d'entreprise. Là où en Allemagne, on sait qu'un
syndicat est un atout si on joue franc jeu avec lui, en France on
essaie de l'entuber et il se venge. C'est là un des problèmes du manque
de démocratie.


J'ai géré une entreprise "occupée" par un syndicat CGT, qui freinait
tout développement. En deux ans, en jouant les avantages sociaux en
échange de progrès dans l'organisation et la pratique professionnelle,
on a doublé le chiffre d'affaires. La leader CGT qui devait partir à la
retraite m'a même effrayée, en me disant que finalement elle repoussait
d'un an son passage à la retraite, car ce qu'on faisait ensemble,
développer, techniciser la pratique l'intéressait tellement qu'elle
avait envie d'être de l'aventure. En deux ans, on a ainsi pu faire
renaître la confiance entre les salariés et la direction.

N'est-ce pas cela l'alternative à la censure et au potentat, l'aventure collective ?


Je pense que les chefs d'entreprise gagneraient à devenir de vrais
capitaines, au lieu d'être de simples comptables de leurs deniers ou
des protecteurs de leur pré carré ou encore des gestionnaires de leur
image personnelle. En lâchant un peu du lest, ils verraient s'épanouir
leur société, ils profiteraient de ce dont sont capables les forces
vives de l'entreprise. Ce qu'ils ne voient pas aujourd'hui à force
d'être le nez sur leur tableau de bord sans être sur le terrain avec
les équipes.


Selon moi, la démocratie en entreprise est un facteur-clef du
développement et de la croissance des entreprises. Et cela dépend
d'abord et toujours de l'attitude des patrons et des cadres supérieurs
de l'entreprise.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
DE la démocratie en entreprise
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» De mon insertion a éducateur en entreprise d'insertion
» recherche de stage en entreprise batiment pour juin 2009
» Aide ECJS : Les scandales politiques affaiblissent-ils la démocratie ?
» Nouvel Accord d'entreprise
» Le contrôle de constitutionalité des lois et la démocratie

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
FORUM DE COORDINATION NATIONALE ETUDIANTE :: VIE DU FORUM :: DIVERS-
Sauter vers: