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 L'université de Caen en décembre 1970

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Lya
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MessageSujet: L'université de Caen en décembre 1970   Mer 15 Avr - 23:59

+ d'infos ----> http://www.luttes-etudiantes.com/forum/viewtopic.php?t=3965

Citation :
Ceci est le premier d'une série d'articles sur les différents mouvements ayant secoué l'université de Caen depuis la Seconde guerre mondiale. Des brochures seront disponibles dans le futur.

Tout a commencé en décembre 1970 avec les élections des conseils des UER (Unité d'Enseignement et de Recherche) créés par la loi Faure du 12 novembre 1968. Ces élections sont prévues pour le jeudi 3 décembre et sont critiquées de tous les côtés: les conservateurs/réactionnaires n'en veulent pas car elles donnent voix au chapitre aux "gauchistes" et autres héritiers de mai 68; à l'opposé, ces héritiers les boycottent car elles ne sont qu'un leurre à leurs yeux. Seuls l'UEC et le PC appellent à y participer (conformément aux prises de positions nationales qui entraine quelques mois plus tard la fameuse scission de l'UNEF à la fin du mois de janvier 1971).

Quelques jours avant les élections, le cours de Guy Besse, un enseignant encarté au PC, est perturbé par un groupe d’étudiants dans la mouvance mao/trotskiste. Ce même groupe fait circuler peu de temps après un tract quelques jours avant ces élections intitulé « Nous participerons ! », il est signé des « fossoyeurs de l’ancien monde ». Ce tract appelle à occuper la salle des professeurs de Lettres (le foyer) le jour des élections.

Le matin des élections, le doyen André Journau(1) s’est entouré de plusieurs professeurs (de toute tendance) et ils attendent ces fossoyeurs de l’ancien monde. A 9h, ces derniers arrivent (une quinzaine de personne) et tentent de pénétrer dans cet endroit symboliquement fermé aux étudiants. Le doyen Journau tente de refermer la porte et reçoit un coup de pied au ventre. Il décide de porter plainte contre l’auteur de ce coup. L’après midi, vers 15h45, les fossoyeurs décident de revenir à la charge et tentent une nouvelle invasion. Cette fois ci, la porte est cassée ainsi que des vitres. Cela en est trop pour le doyen qui décide de déposer de nouvelles plaintes contre 3 étudiants et de faire appel à la police. Il en profite pour apostropher son agresseur matinal par ces termes : « je vous connais, c’est vous qui m’avait frappé, j’ai porté plainte contre vous pour voies de fait contre un doyen dans l’exercice de ses fonctions ». Aux alentours de 16h45, des cars de gendarmes mobiles arrivent devant le bâtiment Lettres ; le commissaire central de la police de Caen, Mr Bach arrive aussi avec ses inspecteurs. Ils partent à la recherche des 4 meneurs supposés à l’intérieur du bâtiment. Des professeurs cessent leur cours en signe de protestation(2) à la vue du ballet des véhicules de gendarmerie mobile sur l’esplanade. A 18h30, les meneurs sont toujours introuvables et la police a procédé à l’évacuation de tout le bâtiment, les étudiants sont obligés de décliner leur identité pour sortir du bâtiment. Un petit groupe d’une soixantaine de personne refuse de donner leur identité et se réfugie au deuxième étage. Ils sont rapidement encerclés par la police et les gendarmes mobiles. Dehors, de plus en plus d’étudiants se sont massés et commencent à invectiver les forces de l’ordre. A 19h05, 6 cars de gendarmes mobiles prennent position devant le phénix. A 19h05, ils sortent des fourgons et chargent les étudiants présents sur l’esplanade, le matraquage est parfois violent. Les étudiants sont repoussés au niveau de l’aquarium , ils commencent à dépaver sous l’aquarium(3) mais les charges des gendarmes mobiles les repoussent vers la cité U et le restau U. A 19h50, le campus retrouve du calme. A 20h, l’entrée de l’université est barrée par un cordon de police. Le campus étant sécurisé, l’évacuation du deuxième étage du bâtiment Lettres commence. Les étudiants sont systématiquement molestés par les policiers, un étudiant descend les marches sur le dos au cri de l’Internationale ! A 20h25, l’évacuation est terminée ; environ 50 étudiants sont arrêtés et conduits au commissariat central. Pourtant, la tension ne redescend par complètement puisque vers 20h30, le cordon de CRS qui barre la rue du Gaillon est invectivé par plusieurs centaines d’étudiants. A l’opposé, des heurts reprennent sous l’aquarium. Ces derniers sont violents et vers 21h, les premiers cocktails Molotov de fortune sont lancés contre les gendarmes mobiles. Les incidents se prolongent jusqu’à 21h30, l’heure à laquelle l’ordre est donné aux policiers et gendarmes mobiles de se retirer. Les observateurs de l’époque estiment à 600 le nombre de policiers, CRS et gendarmes mobiles présents ce jour là à l’université.

Avec cette intervention, le doyen Journau, en accord avec le recteur Martin décide de fermer la faculté jusqu’au lundi suivant. Cette décision est fermement condamnée par le SNESUP, l’UNEF Renouveau, l’UEC. Un appel à la grève illimitée est lancé par le SNESUP, le SGEN, le SNES et IPES, CPR. Le vendredi 4 décembre à 10h, près de 1 500 étudiants de lettres (sur 4 700) se réunissent en amphi Daure. Ils décident d’aller débrayer les autres facultés estimant qu’on ne pouvait pas rester insensible à ce qui s’était passé la veille. A 11h30, les cours de Droit sont perturbés (« on va voir les robots ») puis c’est au tour de ceux de sciences sans grand succès. A 14h, une nouvelle AG se tient en amphi Daure et décide d’une manifestation sauvage en ville. Il y a près de 2 000 personnes dans les rues de Caen, le service d’ordre essaye par tous les moyens d’éviter des confrontations avec la police (la mairie est gardée par 6 cars de CRS). Une fois la manifestation terminée, les étudiants se réunissent une nouvelle fois en AG et discutent des modalités d’action. L’occupation du bâtiment Lettres fermé est repoussée. Une délégation de 15 personnes est mandatée pour aller discuter avec le recteur Martin afin qu’il réouvre le bâtiment. A 18h15, celui-ci annonce à la délégation qu’il refuse ; les mandatés s’empressent de prévenir leurs camarades qui votent l’occupation du rectorat . A 19h, le recteur cède face aux étudiants et accepte la réouverture du bâtiment dès le samedi matin ; l’occupation cesse de suite.

Le samedi matin est occupé par diverses réunions d’étudiants et d’enseignants qui préparent des actions pour obtenir satisfaction quant aux principales revendications : arrête des poursuites contre les étudiants, démission du doyen Journau, respect de la franchise universitaire. Durant le week-end, les forces de l’ordre procèdent à des arrestations ; un mandat d’arrêt (contre l’auteur du coup de pied) ainsi que 3 mandats d’amener ont été délivrés. Les arrestations sont parfois rocambolesques : dans une ferme du Plessis Grimoult, un important dispositif de gendarmes est déployé afin d’arrêter les 4 personnes en même temps ; le propriétaire des lieux en fait un récit détaillé dans le Ouest France.

Le lundi 7 décembre, une AG se tient à 14h en amphi Daure et rassemble 1 200 personnes. Le principe de la grève en Lettres est adopté tant que les plaintes ne seront pas retirées. Afin d’entrainer d’autres facultés, des défilés sont organisés dans les couloirs de droit et sciences au cri de « nous sommes tous des meneurs ». Peu de scientifiques et de juristes répondent à l’appel. Le mercredi 9 décembre, un drapeau rouge est planté sur le haut du bâtiment Lettres en dessous d’une immense banderole « grève générale ». Le même jours, un tract unitaire de l’intersyndicale SGEN-CFDT, SNESup-FEN et AGEC-UNEF dénonce l’intervention des forces de l’ordre et défend le caractère sacré de l’université.

Le jeudi 10 décembre, une manifestation d’ampleur est organisée pour obtenir le retrait des plaintes ; elle fait suite à une AG massive (environ 2 000 personnes). Le cortège s’ébranle du phénix et descend le Gaillon ; l’accès de la place Saint Pierre est barré par des gendarmes mobiles. Le cortège contourne la place en passant par le Vaugueux puis le port. A l’issue de la manifestation, une nouvelle AG se tient afin d’étendre la grève au-delà de la faculté de Lettres. Le vendredi 11 décembre, une AG se tient en sciences économiques. Elle décide de voter la grève à son tour mais la plupart des participants sont des 4èmes et 5èmes années. En Lettres, le foyer des professeurs est occupé et devient une crèche sauvage pour les étudiants et étudiantes. La crèche est baptisée salle Isko, du nom d’un jeune nationaliste basque jugé en même temps dans le célèbre procès de Burgos.

La grève votée en sciences éco ne résiste pas au week-end, des étudiants sont obligés de mettre en place des piquets de grève. Le doyen décide de démissionner car il ne veut pas jouer au policier. En droit, une AG refuse la grève par 284 voix contre 204. Le mardi 15 décembre, la grève est revotée en sciences éco, avec cette fois, la participation des autres années. Dans le bâtiment Lettres ouvert mais où aucun cours n’a lieu, des initiatives ont lieux : le mercredi 16 décembre, un débat est organisé sur le mouvement des Black Panthers avec la participation de membres de leur comité de soutien français. Une discussion a aussi lieu sur la libération de la femme. Cette journée se termine par un concert de free-jazz en amphi Daure.

Les vacances de Noël arrivent et une AG est convoquée pour le 4 janvier à 15h en amphi Daure. Plusieurs professeurs appellent à la reprise des cours au retour des vacances.

1.Par ailleurs membre du syndicat autonome des professeurs
2.Beaucoup de professeurs sont attachés à la franchise universitaire qui veut que la police n’intervienne pas dans l’enceinte universitaire
3. Ce qu’on appelle désormais la galerie vitrée
4. On est dans le contexte de la loi anti-casseurs de Raymond Marcellin
5. L’actuel bâtiment Présidence
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